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Les
mots tombés du ciel
Les
nouveaux astres
Daniel
Kunth
La découverte des astres qui
composent notre Univers sera la grande aventure des deux derniers siècles.
Cette aventure prendra au moins trois chemins différents :
* L'innovation technique des télescopes modernes dominera le début
de notre siècle, alliée à la technique photographique et à la
spectroscopie. C'est en Californie que sera résolu le mystère de ce qui
était pudiquement nommé nébuleuse. Le mot même de nébuleuse
traduit bien les limitations qui empêchent les astronomes de distinguer
davantage ! La plupart de ces nébuleuses, sont ces galaxies qui
permettent de lire l'Univers dans toute son immensité. Parmi les nébuleuses,
les astronomes découvriront également des berceaux d'étoiles entourés
d'un gaz luminescent, qu'ils appelleront "régions
Hll", ainsi que de vieilles étoiles baptisées "planétaires" par William Herschel, qui croyait deviner des systèmes solaires en
voie de formation. Ils verront également des étoiles rassemblées par
paquets de quelques dizaines, de milliers voire de millions, que l'on
nomme "amas" ou "amas
globulaires" pour ceux dont la forme régulière, quasi
sphérique, évoque celle d'un petit globe.
* L'exploration d'autres domaines de longueurs d'ondes sera le fait
marquant des années qui ont suivi la seconde guerre mondiale.
L'astronomie de l'invisible dévoilera peu à peu un ciel que notre œil
ne peut voir et utilisera pour cela des récepteurs sensibles au rayons
infrarouges puis aux ondes radio. Les années 50 verront la naissance de
l'astronomie en rayons X. Ces techniques font apparaître un ciel
totalement insoupçonné. Des astres, invisibles auparavant seront découverts,
d'autres déjà connus, deviendront aussi méconnaissables que le soleil
vu aux rayons X. Un même astre redécouvert plusieurs fois portera
plusieurs noms !
* L'astronomie spatiale, en hissant notre regard au-dessus de
l'atmosphère terrestre, prendra un véritable essor au cours des années
70 et permettra, entre autres, l'exploration méthodique du système
solaire, et un cortège inédit de nouveaux noms de baptême.
Malgré l'adoption de noms génériques
de plus en plus numérisables, la poésie courtoise, le sens de l'honneur
ou de la métaphysique se retranchent dans un dernier carré. Il est
amusant de constater à quel point les avancées nouvelles s'ancrent dans
des héritages du passé. Comme les mentalités progressent moins vite, la
précipitation dans un monde nouveau s'accompagne d'inquiétudes que l'on
désire raisonner. Ainsi, les astronomes ont-ils baptisé "Doigt
de Dieu" une association de milliers de galaxies dont la
forme dans le ciel des grands télescopes modernes rappelle la représentation
divine. D'autres structures du même type renvoient aux épopées de la
science-fiction comme le "Grand Attracteur" ou
défie nos savants avec la "Croix
d'Einstein".
Parmi les astres qui se dévoilent,
les galaxies tiennent l'avant scène de cette fin de siècle.
Au XVIIIe siècle, Charles Messier, insatiable chasseur de comètes, avait
titubé sur des nébulosités qu'il prenait pour des comètes mais qui
n'en étaient pas ! Afin de détourner les futurs astronomes de pareils
errements, il décida de constituer un catalogue exhaustif en recensant
tous ces objets indésirables devenus aujourd'hui les cent-quatre objets
de Messier et classés de M1 à M104. Un siècle plus tard, William
Herschel construisit le plus grand télescope de son temps et s'en fut
explorer ces mystérieuses nébuleuses. Dans l'obscurité des froides
nuits de l'Angleterre, muni d'un carnet à dessin et d'un crayon bien
taillé, il fit de somptueux croquis de tout ce qu'il observait. La plaque
photographique n'existant pas, l'œil de l'observateur devait témoigner
avec le maximum d'objectivité.
Deux sortes de nébuleuses attirèrent d'abord son attention : des astres
flous se présentant sous forme de nuages indécis ou d'un tourbillon de
lumière, et des nébuleuses apparentées à des ronds de fumée avec
parfois, au centre, une étoile brillante.
Avec les progrès de l'instrumentation et l'avènement des grands télescopes
du XXe siècle, la nature de ces mystérieuses nébuleuses a pu être élucidée.
L'astronome américain Edwin Hubble résolut cette énigme, et l'on sait
aujourd'hui que ces énigmatiques nébuleuses sont des galaxies, ces
Univers-îles dispersés par milliards dans l'immensité de I'Univers et
qui, semblables à notre Voie lactée, contiennent des centaines de
milliards d'étoiles.
Parmi les objets de Messier, on trouve des galaxies, et parmi les plus
somptueuses, M31 la célèbre galaxie d'Andromède, M33, M101 et d'autres
astres caractéristiques, aujourd'hui astres favoris des astronomes
amateurs et les plus étudiés du ciel, en dépit de Messier, qui les
vouait à l'oubli mais ont contribué à les sortir de I'anonymat.
La région de l'amas de la Vierge
L'astronomie moderne accorde une
place importante à la constellation de la Vierge car dans cette région
du ciel, les plus grands télescopes ont révélé le plus stupéfiant
amas de galaxies qui soit. Situé à plus de cinquante millions d'années-lumière
cet amas contient plus de deux mille cinq cents galaxies réunies par le
jeu de l'attraction gravitationnelle. Cette région du ciel baptisée Royaume
des nébuleuses, avait intrigué les premiers observateurs du
ciel - dont Charles Messier. Que l'amas de la Vierge ne soit pas très éloigné
dans le ciel du Doigt de Dieu me
laisse perplexe. Mais cet état d'âme n'engage que moi.
Quelques objets de Messier, nichés au sein de l'amas de la Vierge, sont
aujourd'hui de véritables célébrités parmi les galaxies. Citons M104,
galaxie du Sombrero qui doit son
sobriquet à sa forme caractéristique, et M87
une galaxie elliptique du cœur de
laquelle semble jaillir un puissant jet électromagnétique radio. C'est
également (devrais-je écrire forcément ?) dans la Vierge que brille le
quasar le plus brillant du ciel 3C273 situé à la bagatelle de trois
mille années-lumière de la Terre. Ces astres furent découverts par
hasard, en 1965, alors que rien ne permettait de les distinguer des étoiles,
pas même la formidable énergie qui s'en dégage. Dans quasar,
on retrouve quasi-étoile, quant à 3C273,
il pointe tout simplement la deux cent soixante-treizième source radio du
troisième catalogue de l'observatoire de Cambridge, en Angleterre.
Aujourd'hui, nous en connaissons des milliers et savons que les quasars
sont situés au centre même des galaxies, et irradient une formidable énergie
provenant d'un trou noir massif.
Toujours dans la Vierge, qui n'en finit pas d'étonner ses zélateurs se
trouve Porrima (nom latin) l'une des
plus remarquables étoiles doubles du ciel, tellement remarquable que l'éminent
astronome Smith lui consacra un poème de vingt-deux stances intitulé
" Adieu à l'étoile double gamma de la Vierge, en l'époque de 1858
".
Supernovae et pulsars
Dès qu'un nouvel astre est découvert,
il doit être nommé. La première phase consiste à délivrer une série
de nombres et de lettres permettant d'identifier la nature de l'astre découvert,
la date et son numéro d'ordre. Par suite, quand seront bien connues
toutes les caractéristiques de l'astre nouveau, ce nom sera validé par
l'Union astronomique internationale, seule habilitée à le faire.
Les supernovae qui résultent de
l'explosion soudaine d'une grosse étoile, n'échappent pas à la règle.
Par exemple, celle de 1987, découverte au Chili, à l'œil nu, par un
astronome américain est connue sous le nom SN1987b,
b désignant la deuxième supernova découverte cette année-là. Une
supernova est l'un des phénomènes les plus saisissants du ciel. En
quelques secondes une étoile ayant des dizaines de fois la masse du
soleil implose et rebondit dans l'espace en dégageant une énergie aussi
considérable que des milliards d'étoiles réunies. En 1054, les Chinois
aperçurent, à leur grand étonnement, un astre nouveau qui dit-on
pouvait même être distingué en plein jour. C'est au XIXe siècle
seulement que l'astronome irlandais lord Rosse (William Parsons,
1800-1867) identifia les débris de cet astre, présentant la forme de
filaments lumineux ressemblant à des pinces de crabe. Depuis, la nébuleuse
M1 (premier objet mis au monde par Messier au
siècle précédent) est devenue la nébuleuse du
Crabe.
Une fois le feu d'artifice achevé, il ne subsiste d'une supernova qu'un
astre hyperdense, à peine plus gros que la Terre et qui tourne sur lui-même
à parfois plus de mille tours chaque seconde en libérant dans l'espace
un rayonnement radio intermittent, à la manière d'un phare.
Le premier pulsar fut découvert en 1967 dans la constellation du Renard
par Jocelyn Bell, alors étudiante à l'université de Cambridge. Les péripéties
de cette fabuleuse découverte et les polémiques alimentant l'attribution
de sa paternité à l'astronome Martin Ryle, seul auquel fut décerné le
prix Nobel de physique, ont été largement commentés depuis. Cet objet céleste
s'est manifesté par une émission radio à pulsation régulière de 1,33
secondes. La régularité du phénomène amena certains astronomes à se
demander s'ils ne venaient pas de capter pour la première fois un signal
intelligent provenant d'une civilisation extraterrestre. Le pulsar fut
d'abord désigné sous le nom de LGM, ceci ni plus ni moins que l'acronyme
de " Little Green Men " les petits hommes verts tant attendus ou
redoutés selon chacun !
Bibliographie
Astronymie par André Le Bœuffle éd.
Burillier,
1996.
Dictionary of Astronomical Names par Adrian Room, éd. Routledge,
1988.
Les Quasars par Daniel Kunth, coll. Dominos, éd. Flammarion,1998.
Le folklore de France : Le ciel, la nuit et les esprits de l'air par Paul
Sébillot, Imago, Paris, 1982.
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